French – Une semaine sur le sentier des Appalaches

Le sentier des Appalaches est un sentier de randonnée pédestre célèbre aux États-Unis. Il parcourt le long de la côte Est des Etats-Unis (Géorgie au Maine) sur environ 3 500 kilomètres. Il faut en moyenne cinq à six mois pour le randonneur moyen afin d’en voir le bout ! Nous ne comptions bien sûr pas tenter la totalité du sentier… 3 500 kilomètres, c’est beaucoup !

Genèse du projet :
Un soir en semaine, je me suis approchée du bureau de ma collègue Nadine pour lui poser des questions sur un projet. Sachant que je fais de la randonnée régulièrement, elle me demande « ça t’intéresserait de partir marcher une semaine ? » Réponse immédiate de ma part : « Of Course! » . Tout de suite, les idées fusent sur la destination, le Pacific Crest Trail (de la Californie à Washington) intéresse particulièrement Nadine, le sentier des Appalaches me plaît bien… Nous savons seulement que nous voulons des paysages différents des forêts de la Nouvelle Angleterre.

Les Smokies et les ours

La Caroline du Nord nous intéressait bien mais nous nous sommes vite rendu compte que les Smokies (parc national montagneux sur le sentier des Appalaches) sont sans doute trop durs pour les randonneuses du dimanche que nous sommes. Et puis il y a des ours. DES OURS ! Les cabanes sont même grillagées pour éviter une rencontre trop « intime » entre ces visiteurs à quatre pattes et les humains, ces derniers ayant une fâcheuse tendance à les nourrir, incitant ainsi les animaux à venir quémander de la nourriture. Les histoires sur les ours forçant les randonneurs à laisser leur sac à dos derrière eux sont courantes. Bref, les ours non merci ! Il est facile, parait-il d’apercevoir ces bestioles le long du sentier mais elles s’enfuient très rapidement la plupart du temps.

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“Bonjour, le buffet est toujours ouvert ?”

Un endroit avec moins d’ours donc… Une recherche sur internet “Virginie, Appalachian Trail, semaine” nous a amené sur un forum décrivant des randonnées d’une semaine sur le sentier des Appalaches. De Mt Roger Headquarters à Damascus (petite ville de 900 habitants), nous allions marcher de cabane en cabane et parcourir 62 miles – près de 100 kilomètres – le long de ce fameux sentier de randonnée.

Un mois plus tard et après 14 heures de route en bus – nous voilà enfin arrivées à Marion, la ville la plus proche de Partnership Shelter, la première cabane où nous allions passer la nuit. C’est du cinq étoiles ! Douche chaude (ne marchant pas à notre arrivée), toilettes en extérieur et un étage !

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Surnommé le refuge Pizza grâce à la possibilité de se faire livrer des pizzas sur place, ce dernier est célèbre auprès des randonneurs, souvent affamés après des kilomètres parcourus chaque jour et qui fantasment sur de la nourriture qui change du riz instantané ou des ramens.

Nous avons rencontré une semi-thru (1), Beth, qui faisait la seconde moitié du sentier environ 15 ans après avoir parcouru la première partie. Affamée après une journée de marche sous la pluie12096262_10153687176153914_2949305451932648469_n, elle nous proposa de commander des pizzas. Nous ne pensions pas mériter les nôtres puisque nous venions juste d’arriver de NYC en bus mais nous avons sauté sur l’occasion : après tout, une pizza dans les bois cela ne se refuse pas ! Une fois nos pizzas en main (et un prix de livraison exorbitant…) nous sommes retournées vers la cabane pour tomber sur trois randonneurs d’une quarantaine d’années affamés qui nous ont suppliées à genoux de leur donner le numéro du livreur.

Une fois l’heure d’aller nous coucher (20 h, comme les poules), nous avons suspendu notre nourriture à un arbre et hop au lit ! Il faut toujours suspendre sa nourriture sur l’AT (Appalachian trail) car des odeurs de nourriture peuvent attirer les ours, souris et autres rongeurs.

Première journée de marche : Partnership Shelter à Trimpi Shelter.

Nous pensions souffrir à cause des rochers, de montagnes insurmontables à gravir et de la faim… Que nenni ! Nous avons commencé notre semaine de randonnée SOUS LA PLUIE ! Pas le petit crachin parisien mais de véritables trombes d’eau qui vous trempent de la tête aux pieds. Nous avons appris par la suite qu’un ouragan était en route vers le sud des Etats-Unis. Chaussettes, chaussures, sous-vêtements (!) plus rien de sec… Nous avions heureusement pris la précaution d’entourer notre sac de couchage d’un sac poubelle ainsi qu’une protection pour le sac à dos. Il n’y a rien de pire que de passer une journée à marcher sous la pluie pour finalement se glisser dans un sac de couchage trempé.

Les neuf miles ont été parcourus plus rapidement que nous le pensions – le terrain étant beaucoup moins accidenté que les chemins de New York et la cabane Trimpi nous a accueillies à bras ouverts, quelqu’un ayant eu la brillante idée de recouvrir l’entrée d’une grande bâche, nous protégeant ainsi de la pluie.

Chaque cabane contient un log, une sorte de carnet où les randonneurs écrivent leurs pensées, leurs impressions sur le sentier, un véritable Facebook de l’AT avec souvent des passages très drôles et une façon de garder contact avec les autres randonneurs croisés lors de ces 3500 kilomètres. Nous avons vite découvert que des serpents ont tendance à tomber du plafond ici, très certainement à la recherche de souris en guise de petit-déj. Glups ! Ambiance…

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Les feuillets sont souvent source d’inspiration

Un jeune homme, avec un très fort accent du Sud, nous rejoignit pour la nuit, lui aussi complètement trempé. Il sortit ses affaires, sac de couchage, vêtements secs, etc., ainsi qu’un pistolet qu’il attacha à sa poitrine ! Si nous avions des doutes sur le fait que nous étions dans le sud des Etats-Unis, ils se dissipèrent immédiatement.

Ltd Dan (son trail-name(2), nous avons appris par la suite) traversait la Virginie de bout en bout en suivant le sentier des Appalaches et transportait partout avec lui pistolet et balles car en tant qu’Américain, il est de son devoir de pouvoir résister à son gouvernement l’arme au poing si un jour le besoin s’en fait sentir. Inutile de dire que nous n’avons pas trop essayé de lui faire changer d’avis ce soir-là.

Trimpi shelter à Hurricane shelter

Après une nuit sans encombre et sans serpent, nous avons continué notre route bravant l’ouragan en nous dirigeant vers un refuge du même nom ! Nous avions 9 miles (14 km) à parcourir sous la pluie avec une montée rude d’une heure et demie sous une pluie battante avec un vent à décorner les bœufs. Une fois arrivées à la cabane, cette dernière était déjà occupé par deux couples et un chien qui avaient eu la bonne idée de rester bien au chaud (et au sec !) au lieu de s’aventurer dehors dans un temps aussi abominable.

Nous avons passé le reste de la journée et de la soirée à discuter avec Sassifras et Ascot. Ce couple fait un flip-flop, c’est-à-dire qu’ils marchent la totalité du chemin mais en commençant au milieu (Harper’s Ferry, PA) pour monter jusqu’à Katahdin et redescendre au milieu à nouveau et marcher jusqu’au terminus : Springer Mountain dans l’Etat de Géorgie. Ces thru-hikers espèrent ainsi avoir un peu plus de temps avec une météo plus clémente et éviter les cabanes souvent surpeuplées du début où des centaines de personnes commencent en même temps – seulement 20%  finissent par compléter les 3500 kilomètres de l’AT. Ce fut le moment pour nous d’en apprendre plus sur le meilleur matériel à apporter lors d’une randonnée aussi longue et comment se nourrir en route. Chouette rencontre avec un couple fort sympathique et qui donne envie de se mettre à une aventure aussi exaltante !

La nuit fut effrayante avec de grosses branches tombant sur le toit en métal avec un bruit fracassant. Une sortie pour atteindre les feuillets se transforme en course d’obstacles pour éviter une grosse flaque de boue ou sauter de côté pour éviter de se prendre une branche sur le crâne.

De Hurricane Shelter à Old Orchard Shelter

Nous n’avions fort heureusement que cinq miles à parcourir pour atteindre la cabane suivante puisque la pluie continuait de tomber. Nous désespérions de voir le ciel bleu ! Nous avons croisé deux thru-hikers rencontrés la veille ainsi que d’autres randonneurs essayant de doubler la pluie en alignant des kilomètres.

Nous avons profité du mauvais temps et du peu de miles à parcourir ce jour-là pour nous reposer, tenter des mélanges douteux avec la nourriture que nous avons apportée et plus ou moins refaire le monde.

De Old Orchard shelter à Wise shelter

La nuit fut de nouveau épouvantable. Pour la première fois nous étions seules et entre la pluie, les branches tombant sur le toit et les souris faisant la java (Attila la souris sauta en pleine nuit sur la tête de Nadine), j’ai très peu dormi et je suis contente d’apercevoir en me réveillant UN CIEL BLEU ! Notre chance (et la météo) prendrait-t-elle une tournure plus ensoleillée ?

La réponse est oui ! La météo prévoit du soleil pour les 5 prochains jours, très exactement le temps qu’il nous reste sur le chemin. Au moment de ranger nos affaires, un randonneur arriva et commença à discuter avec nous. Ce monsieur Base-Jumpeur allait devenir notre grand-père du sentier pour les 3 jours à venir ! Nous allions le croiser régulièrement jusqu’à notre arrivée à la cabane Wise le jour même.

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La vue !

Le beau temps étant enfin au rendez-vous, nous allions pouvoir profiter de la beauté légendaire des Grayson Highlands – des monts dénudés où les poneys sauvages gambadent dans les hautes herbes. Après trois jours à marcher sous la pluie, les pieds trempés (rien de pire que d’enfiler des chaussettes humides le matin…), nous avons enfin redécouvert le plaisir d’avoir les pieds au sec, nos chaussures de rando séchant rapidement sous le soleil chaud de Virginie. Une fois arrivées en haut de la montagne, une vue splendide s’étendait à nos pieds.

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Ce qu’une paire de chaussettes sèches peut faire pour vous

 

En plein milieu de ces montagnes isolées, nous sommes tombées sur des toilettes, des vraies ! Oh joie, bonheur, du vrai papier toilette avec une vue imprenable !

Wise Shelter est une cabane assez grande au milieu d’une petite clairière et nous avons été rejointes par Base-Jumper, un couple de retraités du Michigan et deux anciens thru-hikers qui reviennent à leur section préférée 20 ans plus tard. Entre quelques gorgées de whiskey et un bon dîner, le ciel étoilé se dévoile enfin après trois jours de pluie et nous avons pu entrapercevoir la Voie lactée !

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On se prépare pour le départ…

De Wise Shelter à Thomas Knob Shelter

Base-Jumper nous accompagna jusqu’au shelter suivant et ce fut l’occasion de prendre plein de photos et de faire plus ample connaissance ainsi que de croiser enfin des poneys sauvages ! Ce fut également le moment où je reçus mon trail-name. Ayant tendance à sauter de roche en roche, Base-Jumper me baptisa “Rock-Hopper” ! Je me présente dorénavant en tant que tel à tous les randonneurs que nous allions croiser par la suite et encore aujourd’hui.

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Il y avait foule au refuge Tom Jones ! Situé au sommet d’une montagne, la vue était à couper le souffle. Nous avons rencontré une jeune fille de 16 ans Twiggy et son grand-père ainsi qu’un ancien thru-hiker Valley Girl et son père. Ce Valley Girl représente le style de vie que j’aimerai suivre à long terme ! Il vit en Alaska 6 mois par an, organisant des voyages pour aventuriers friqués… ayant les moyens et voyage le reste de l’année ! Il a finit l’AT quelques années plus tôt ainsi que le Camino de Santiago. Mon nouveau modèle en somme.

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Le Thomas Knob crew

Il fait froid au sommet (1500 mètres d’altitude)! Nos polaires, doudounes et chaussettes de rab ne sont pas de trop. Le verre de whiskey offert par nos compagnons de la veille non plus ! Une fois le soleil couché, nous sommes allés admirer la Voie lactée visible grâce à l’absence totale de lumière artificielle dans la région. Nous avons même eu droit à des étoiles filantes ! Nous partageons l’étage supérieur de la cabane avec Twiggy qui est emmitouflée comme un sushi dans son sac de couchage. A cause du sol en pente, elle roula vers nous pendant la nuit. 

Levées aux aurores, nous sommes allées voir le soleil se lever, de nouveau, il fait très froid ! La technique de Nadine s’avère efficace : le poncho-sac de couchage ! Valley Girl et son père apprenant que nous n’avons pas assez de nourriture pour finir notre périple sans un sérieux serrage de ceinture nous offrent gracieusement un énorme paquet de biscuits et des pâtes ! TRAIL MAGIC ! Après tout, cela les arrange aussi. Ils ont amené trop à manger et cela fait du poids en moins. Dans tous les cas, ils furent officiellement nos héros du séjour !

Le  sommet de Whitetop est complètement dénudé et offre une vue panoramique à qui est prêt à suer suffisamment pour en admirer la vue. Après une sieste bien méritée au sommet, nous avons commencé notre descente croisant au passage quelques randonneurs haletants et soufflants. Ces derniers nous ont demandé si nous étions françaises et allemandes… Notre ami Base-Jumper était passé par là ! Il nous a même laissé quelques messages dans le log de Lost Mountain Shelter ainsi qu’un petit message de Sassafras et Ascot qui ont décidément avalé des kilomètres depuis notre dernière rencontre.

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L’AT rejoint le Virginia Creeper Trail sur quelques kilomètres, ancienne route ferroviaire, elle a été transformée en chemin pédestre le long de la rivière. Elle est très populaire auprès des cyclistes et il nous faut réapprendre à partager la route. Cette section du sentier est plate ce qui est un changement fort appréciable après les montées et descentes successives des montagnes du Blue Ridge ! Le plaisir est malheureusement de courte durée et nous sommes reparties pour une montée abrupte le long d’une crête sans eau (nous avons presque regretté la pluie des premiers jours) et les dernières gorgées d’eau sont douloureuses. La montée, la chaleur et la fatigue accumulée rendent la dernière partie de la journée jusqu’au refuge difficile ! Trois randonneurs tout aussi épuisés que nous, nous rejoignent, ils viennent d’arriver de Damascus et nous demandent si nous sommes Sauerkraut (le trail-name de Nadine) et Rock-Hopper ! Encore une fois notre renommée (ou plutôt B-J) nous a précédées. L’un d’entre eux trimbale un appareil photo de plusieurs kilos autour du coup… J’espère que la qualité de ses photos en vaut la peine.

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Deux randonneurs arrivent au moment où le soleil se couche et installent des hamacs ! Les premiers que je vois sur l’AT – je ne savais pas à ce moment que je finirais par en acheter un moi-même l’année suivante.

Damascus…

…. et le retour de la pluie ! Heureusement c’est le dernier jour. Le son des gouttes de pluies frappant le toit métallique du refuge nous a réveillées ainsi que le bruit de cinq randonneurs essayant désespérément de caser leurs affaires dans leurs sacs (fail de leurs toiles de tente ?). Nous avons décidé de prendre le sentier bleu pour rejoindre l’AT et nous arrivâmes au même moment que le couple de retraités partit avant nous. Interloqués, ils finirent par comprendre le subterfuge et un fou-rire s’ensuivit.

Nadine ne se sentait pas très bien et voulant éviter la pluie, nous avons rejoint le Virginia Creeper Trail pour notre arrivée dans Damascus… et nous tombâmes sur…. Base-Jumper et sa femme Nancy ! Malgré l’odeur décidément répugnante de nos aisselles et de nos affaires en général, nous sommes allés déjeuner avec ces derniers pour nous raconter nos aventures respectives.

Le premier café…… le premier burger….. Aaaaah joie et félicité ! Nous avons également acheté un t-shirt propre, les nôtres rappelant vaguement un mélange d’oignons rancis et de fromage corse.

Nous avions réservé un Airbnb dans Damascus et ce petit cottage est vraiment chouette ! Photographies de voyage aux murs, livres de randonnée et de cuisine… A notre arrivée, le propriétaire Joffrey nous a offert une bière et après la douche, je crois que j’ai atteint le Nirvana du randonneur. Petit-déj à Mojo’s : vraiment recommandé, meilleurs pancakes et gâteaux du coin, ou du moins post-rando !

Notre conducteur pour nous ramener à Marion afin de prendre notre bus direction NYC est un puits d’histoires sur l’AT ! Entre autres, une petite anecdote sur les Thru-Hikers, ces derniers voleraient des menus de restaurants en guise de “trail porn” a lire au coin du feu dans des refuges.

Le retour à la civilisation (NYC) est violent et notre nouvel appétit mettra des semaines à se dissiper… mais les souvenirs restent et j’ai depuis marché 200 km de plus sur le sentier des Appalaches… un jour, je ferai le chemin dans sa totalité ! En attendant je suis de près mon amie Kremlin qui fait le chemin SOBO(3)… You go girl!!

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Note :
(1) thru-hiker : randonneur qui fait la totalité des 3500 kilomètres de Mt Springer à Katahdin (Maine). (retour au texte1)
(2) Trail-name : surnom qu’un randonneur adopte, le plus souvent suite à une mésaventure ou un trait de caractère. (retour au texte 2)

(3) South-Bound : du Nord au Sud (retour au texte 3)

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